Julie et Marc, partie 2 : photo de l’épisode
Julie & Marc · Partie 2 · 8 min de lecture

Avril à Montréal

Les noms et les lieux sont fictifs.

Vous n’avez pas lu le début ? Partie 1 : Le week-end qui a tout changé.

Pendant sept semaines, le téléphone de Julie a vibré à toute heure. Des photos de Toronto sous la pluie. Des blagues. Et parfois, tard le soir, un message de Sofia qui la faisait rougir seule dans la cuisine : « Je repense souvent à cette terrasse. Et toi ? »

Julie y repensait tout le temps. Sous la douche, au bureau, dans le métro bondé de la ligne orange. Le sable dans les draps. La bouche de Léo sur l’intérieur de son genou. La voix éraillée de Marc qui disait « j’étais là ».

Ici, c’est différent

Là-bas, tout avait été facile. La mer, la chaleur, l’anonymat. Mais Montréal, c’était leur ville. Leur rue. Leur voisine du dessous qui les saluait chaque matin. Leur lit.

« Et si quelqu’un nous voit ? » a demandé Julie, la veille.

Marc a haussé les épaules, mais elle a vu qu’il y pensait aussi. « On dira que ce sont des amis de Toronto. C’est vrai, non ? »

Ils ont repris leurs règles, une à une. On décide ensemble. On peut tout arrêter. Citron. Et une nouvelle, ajoutée par Julie : « Notre chambre, c’est moi qui décide si on y va. »

Marc a souri. « D’accord. »

Les enfants sont partis chez la mère de Julie le vendredi après-midi. L’appartement n’avait jamais semblé aussi silencieux.

Le rouge

Cette fois, Julie a choisi du rouge. Un ensemble en satin, profond comme un vin, caché sous une robe noire toute simple. Elle s’est regardée longtemps dans le miroir de la salle de bain. La femme qui la regardait en retour avait quelque chose de nouveau dans les yeux.

Marc est entré derrière elle, a posé ses mains sur ses hanches. Elle a fait glisser une bretelle de sa robe, juste assez pour qu’il aperçoive le rouge. Il a posé la bouche sur son épaule nue, là, juste à côté du satin, et elle a senti ses doigts se crisper sur ses hanches.

Il a fermé les yeux un instant. « Tu veux vraiment que je survive au souper ? »

Le souper

Ils avaient réservé dans un petit restaurant du Vieux-Montréal, aux murs de pierre et aux bougies partout. Sofia est arrivée en tailleur crème, les cheveux relevés. Léo l’a suivie avec une bouteille de vin à la main, en cadeau. Les embrassades ont duré une seconde de trop.

Au milieu du repas, Julie a senti un pied frôler sa cheville sous la table. Elle a levé les yeux. Sofia, impassible, parlait du menu avec le serveur. Seul le coin de sa bouche trahissait quelque chose. Le pied est remonté le long de son mollet, très lentement, s’est arrêté sous son genou, et Julie a dû poser sa fourchette.

Et puis Julie a vu entrer Caroline. Une collègue du bureau. Avec son mari.

Le cœur de Julie s’est arrêté. Caroline l’a aperçue, a souri, s’est approchée pour la saluer. Julie a fait les présentations d’une voix qu’elle espérait normale : « Des amis de Toronto. » « Toronto ? » a répété Caroline, en regardant Sofia un peu trop longtemps. « On y va en mai, Maxime et moi. » Sous la table, le pied de Sofia n’avait pas bougé.

Quand Caroline est repartie, elle s’est retournée deux fois vers leur table. Julie a vidé son verre d’un trait. Léo riait doucement. Marc la regardait avec une admiration qu’elle ne lui connaissait pas.

C’était terrifiant. Et c’était la chose la plus excitante qu’elle ait vécue depuis la terrasse.

Le retour

Ils sont rentrés à pied par le Vieux-Port. L’air d’avril était encore frais, et Léo a posé sa veste sur les épaules de Julie. Elle a gardé sa main une seconde de plus sur la sienne.

Dans l’ascenseur de l’immeuble, personne n’a parlé. Quatre reflets dans le miroir doré. Sofia a pris la main de Marc. Julie a senti son souffle s’accélérer.

Dans le salon, Marc a mis de la musique, a servi un verre. Mais personne ne buvait vraiment. Sofia s’est assise sur l’accoudoir du canapé, tout près de Marc, et a passé la main dans ses cheveux comme si elle l’avait toujours fait.

Cette fois, c’est Julie qui a fait le premier pas. Elle s’est levée, a traversé le salon jusqu’à Léo, et a fait glisser sa robe noire lentement, très lentement, jusqu’à ce qu’elle tombe à ses pieds.

Le rouge.

Léo a retenu son souffle. Derrière elle, elle a entendu le verre de Marc se poser sur la table basse.

Le pincement

Léo a posé ses mains sur sa taille. Il l’a embrassée, d’abord doucement, puis plus profondément, et Julie s’est laissée aller contre lui. Ses mains remontaient le long de son dos, s’attardaient sur le satin, suivaient l’élastique du soutien-gorge jusque sous ses bras. Il avait les paumes chaudes et un peu rugueuses, et il embrassait comme quelqu’un qui a tout son temps.

Et cette fois, quand Julie a ouvert les yeux pour chercher Marc, c’est sur son visage à lui qu’elle a vu passer le pincement. Ce petit éclair de jalousie qu’elle avait ressenti sur la terrasse.

Elle s’est détachée de Léo. A tendu la main vers son mari. « Ça va ? »

Marc a pris sa main. Il a regardé Léo, puis Julie, puis le satin rouge. Et lentement, le pincement s’est transformé en autre chose. Elle l’a vu dans sa mâchoire qui se desserrait, dans sa main qui remontait le long de son bras jusqu’à son épaule nue. Ce regard-là, elle le connaissait par cœur, maintenant. Celui de la terrasse.

« Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau », a-t-il murmuré.

Sofia s’est glissée derrière lui, a posé ses lèvres sur sa nuque, ses mains sur sa chemise qu’elle a commencé à déboutonner. Marc a fermé les yeux. Julie a regardé. Et elle a adoré regarder.

Elle a regardé la chemise de Marc s’ouvrir bouton par bouton, les doigts de Sofia s’aplatir sur son torse, la façon dont il a renversé la tête en arrière contre l’épaule de Sofia. Puis les mains de Léo sont revenues sur ses hanches, sa bouche dans son cou, et elle a cessé de regarder pour sentir.

Notre chambre

Le salon n’était plus qu’un mélange de vêtements, de souffles et de rires étouffés. Le tailleur crème de Sofia sur le dossier du fauteuil. La ceinture de Marc sur le tapis. Julie avait défait la chemise de Léo elle-même, maladroitement, en riant d’un bouton qui résistait. À un moment, Léo a murmuré à l’oreille de Julie : « On reste ici ? »

Julie a regardé le couloir. La porte entrouverte de leur chambre. Leur lit. Celui où ils s’étaient endormis tant de soirs sans même se toucher.

C’était à elle de décider.

Elle a pris la main de Marc d’un côté, celle de Léo de l’autre. Sofia les a suivis en riant, ses talons à la main.

Elle n’a pas allumé. La lumière du lampadaire de la rue passait entre les lattes des stores et dessinait des bandes pâles sur la couette. Ça sentait leur assouplissant, le parfum de Marc sur l’oreiller. Julie s’est arrêtée au pied du lit, le cœur qui cognait, et elle a dit tout bas : « Pas trop de bruit. La voisine est juste en dessous. » Sofia a pouffé dans ses mains.

Julie s’est tournée vers Marc. « Toi. C’est toi qui l’enlèves. »

Il a pris son temps. Il a dégrafé le satin rouge comme on ouvre une lettre qu’on a attendue longtemps, et il a laissé les bretelles glisser d’elles-mêmes. Puis il s’est agenouillé, a posé la bouche sur son ventre, juste sous le nombril, et il a fait descendre le reste du rouge le long de ses cuisses, centimètre par centimètre. Julie a posé les mains dans ses cheveux pour ne pas tomber.

Le matelas a grincé quand ils se sont allongés, tous les quatre, et ils ont ri ensemble, tout bas, comme des ados. Puis plus personne n’a ri. Léo embrassait sa nuque, ses omoplates, la ligne de son dos jusqu’au creux des reins. Sofia avait la tête sur l’épaule de Marc, une main sur son ventre. Marc remontait vers Julie par petits baisers, la hanche, les côtes, le sein, le cou, et chaque baiser la faisait se cambrer un peu plus.

Elle a senti la peau de Marc contre la sienne, partout à la fois, chaude, familière, et pourtant pas tout à fait la même. Elle a mordu l’oreiller pour étouffer le son qui montait dans sa gorge. Elle a attiré Marc contre elle, elle a noué ses chevilles derrière ses reins, et elle a soufflé contre sa bouche : « Ici. Dans notre lit. »

Plus tard, beaucoup plus tard, la bande de lumière du lampadaire avait glissé jusqu’au mur.

La couette était par terre. Sofia dormait en travers du pied du lit, un bras pendant dans le vide. La montre de Léo était posée sur la table de chevet de Julie, à côté de son livre. Julie était couchée sur Marc, la joue sur sa poitrine, et elle sentait son cœur ralentir sous son oreille. Elle avait une marque rose dans le cou qu’elle allait devoir cacher lundi au bureau. Elle le savait déjà. Elle s’en fichait.

« La voisine, a murmuré Marc. On a été bruyants. »

« Toi, tu as été bruyant. » Elle a ri contre sa peau, un rire qui la secouait encore toute. « Moi, j’avais un oreiller. »

Il lui a caressé les cheveux longtemps. Puis il a dit : « Tu voulais que ce soit ici. Pas à l’hôtel. Ici. » Elle a hoché la tête sans relever les yeux. Il venait de comprendre quelque chose sur elle, elle le sentait à la façon dont sa main s’était arrêtée dans ses cheveux.

Au matin, quelque chose avait changé dans ce lit. Pour toujours.

Le matin

Le dimanche, Marc est descendu chercher des croissants à la boulangerie du coin, comme chaque semaine. La boulangère lui a demandé s’il avait passé une bonne fin de semaine. Il a souri. « La meilleure. »

Autour de la table, à quatre, ils ont parlé pendant des heures. Du souper. De Caroline. Du pincement de Marc, qu’il a raconté sans honte. Julie lui a pris la main sous la table.

Avant de partir, Sofia a sorti son téléphone. « Il y a une soirée dans un club à Toronto, le mois prochain. Une soirée spéciale. Vous n’êtes jamais allés en club, n’est-ce pas ? »

Julie et Marc se sont regardés.

À suivre.

Julie et Marc, partie 3 : photo de l’épisodeÀ suivre : Partie 3La soirée masquée →Un carton noir, des lettres dorées : « Le masque reste. Le reste… c’est à vous de voir. » Julie lit l’invitation trois fois.

Les noms et les lieux sont fictifs.

Et si c’était vous ?

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+ 9 épisodes à venir
  • Sa version : Citron · 13 novembre
  • Partie 6 · Le message · 26 novembre
  • Partie 7 · Le café d’en face · 3 décembre
  • Partie 8 · Le souper à quatre · 10 décembre
  • La version de Sofia · 15 décembre
  • Partie 9 · Noël sur le Plateau · 17 décembre
  • La version de Thomas · 22 décembre
  • Partie 10 · La porte entre les deux · 24 décembre
  • La version de Caroline · 29 décembre

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